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mardi 29 janvier 2013

Traversée de l'atlantique


Après quelques jours de repos dûment méritées, et des retrouvailles familiales très attendues, il est temps de revenir sur notre périple, sur nos émotions et avaries, bref il est temps de vous raconter notre traversée de l'Atlantique!
Nous n'allons pas faire un récit linéaire au jour le jour de notre transat, d'abord parce que nous n'avons pas pris de notes quotidiennes, et surtout parce que le temps semble s'arrêter, qu'il se distend. La succession des jours n'a plus d'importance, puisque de toutes façons, nous n'arriverons pas demain ni après-demain... Seul le décompte des milles sur le GPS nous donne une vague indication de notre arrivée, et sa lenteur nous invite à la patience... 
Nous quittons le Cap-Vert le coeur rempli de nos rencontres et certains paysages sont bien inscrits dans nos mémoires. C'est donc avec nostalgie que nous voyons ses côtes s'éloignées... Et nous faisons bien d'en profiter car c'est la dernière fois que nous voyons la terre avant bien longtemps!

Sao Paulo quitte Mindelo plein à craquer de vivres et de bonne humeur pour la Transat' tant attendue!
Encore tout étourdi de nos aventures capverdiennes, nous ne sommes pas particulièrement anxieux avant cette navigation de 2080 milles. Nous avons appris au fil de nos navigations et rencontres, que Sao Paulo était bien préparé et son équipage est valeureux et soudé! Il ne faut rien de plus pour se lancer, et nous avons même hâte de vivre cette expérience et de profiter de l'immensité de l'océan. Et nous n'avons pas été déçus! 
Mis à part un cargo aperçut au loin au deuxième jour, nous n'avons vu aucun bateau. Plus de 2 semaines de voyage sans apercevoir d'activités humaines, simplement l'horizon à 360° dégagé de tout obstacle. On pourrait croire que c'est monotone, mais en fait tout évolue en permanence. 


Les couchers et levers du soleil et de la lune ajoutés à la diversité infini des nuages offrent des spectacles très différents. On ne saurait trop dire si le coucher de soleil du 7e jour était plus beau que le lever du 12e, mais ce qui est sûr, c'est que de notre terrasse, en ces temps de vacances de noël, on ne pouvait en rater aucun!
On ne lasse pas non plus d'admirer les ciels étoilés qui en mer sont de toute beauté, les nombreuses étoiles filantes et les navigations sous le clair de pleine lune où l'on voit comme en plein jour... Nous avons bien tenté de filmé la nuit, mais l'objectif de la caméra ne s'habitue pas aussi bien à l'obscurité que notre rétine. On ne peut donc vous faire partager que les prises de vue diurne, mais sachez que les souvenirs nocturnes sont tout autant présents dans nos esprits...

Le 4e jour, au lever du jour
Le jour de noël, au lever du jour
Le 8e jour, l'aube, avec la lune qui va bientôt se coucher

Le coucher de soleil du 10e jour
Encore un lever de soleil, le 31 décembre
L'arc-en-ciel, devant le grain... un classique!


Les vagues et la houle modifient le confort à bord, leur croisement et chevauchement est un peu hypnotique. On essaie de comprendre de quelle direction vient la houle, quelle est sa hauteur et sa longueur entre les crêtes. Au début très calme, elle a été bien présente ensuite, de nord la plupart du temps et par moment croisée. Parfois, au creux d'une onde un peu plus ample que les autres, le sommet suivant paraît bien haut, mais la houle n'est pas l'ennemi du marin, et Sao Paulo a toujours grimpé avec facilité ces ondes poussées par les vents sur des milliers de milles. Les vagues sont plus pernicieuses, dociles la plupart du temps, elles s'activent dès que le vent fraîchit, et réservent parfois la surprise d'un embrun. Comme nous sommes tout le temps au portant (le vient vient de l'arrière du bateau), c'est tout de même très confortable. Nous avons cependant parfois réduit un peu la toile pour augmenter le confort. Ce n'est pas une course, mais une épreuve d'endurance! Si la mer devient un peu trop agitée et croise inconfortablement avec la houle, rien ne sert de chercher la vitesse maximale du bateau, nous économisons le bateau et l'équipage. Ainsi nous nous sommes toujours senti à l'aise, pour cuisiner, pêcher, lire et dormir. Seule une grosse déferlante la dernière nuit a un peu perturbé cette belle harmonie. Le vent avait sérieusement fraîchit depuis 3 jours, la mer était bien agitée et nous étions habitués maintenant au passage incessants des grains. Sous génois seul depuis bien longtemps, et au cap quasiment direct sur la Martinique, nous n'étions pas stressés et pas sur le pont à ce moment là. On cherchait la manivelle de winch de secours car la principale était partie rejoindre les coryphènes, quand deux déferlantes consécutives ont balayé le pont. Le bateau a été plutôt secoué et on s'est retrouvé à devoir vider les fonds. L'eau est a priori rentrée par les coffres du cockpit, faudra les verrouiller en cas de tempête! Rien de bien grave ceci dit, on a épongé ça petit à petit. Le sac de la ligne de récupération d'homme à la mer a tout de même été arraché dans l'histoire. La bouée et le filin étant accroché au bateau, on a pu les remonter, mais la vague a bel et bien arraché le sac à ses sangles! Ainsi seul les 3 derniers jours ont été mouvementés, le reste du temps la mer nous a offert une traversée paisible.
Voici une vidéo, prise au lever du dernier jour, sous un grain, qui donne une bonne idée de la nuit que nous venons de passer...


La vie sous-marine, tout comme les cargos, n'a pas été très visible. Mis à part les poissons volants, qui comme des sauterelles dans une prairie, sautent et volent devant Sao Paulo, nous n'avons vu aucun mammifère marin. Pas de dauphin, ni de baleine. A notre grand regret d'ailleurs, autant on se passe des cargos, autant quelques sauts de dauphins à la proue du bateau, ça nous a bien manqué! Mais ce n'est pas pour autant que nous n'avons rien vu de la richesse de la vie océanique, notre canne de traîne nous a permis de voir qu'il y a du monde la-dessous! Les 10 premiers jours, nous avons pêché à la demande. C'est à dire que dès que l'on mettait le leurre à l'eau, nous avions immanquablement une touche en moins d'une heure. Surtout avec notre leurre fétiche, offert par Hugues sur le ponton de Toulon, on en a remonté de la coryphène! Par la suite, nous avons perdu ce leurre magique, et nous n'avions quasiment pas de fil de remplacement. Donc les prises furent plutôt limités. Dès le début, on voyait encore la terre, nous avons attrapé un joli thon, pas très grand mais d'une quinzaine de kilos au moins! Le thon vend chèrement sa peau et le combat fut sanglant. Mais il était bien dodu, et on a bouffé du thon pendant plusieurs jours, toutes les recettes possibles du bord y sont passées, et au bout d'un moment on en a même marre! La coryphène en revanche, c'est vraiment délicieux, on ne s'en lasse pas. La chair est très tendre et savoureuse et même si parfois on aimerait sortir d'autres poissons, on est toujours content de voir ses belles couleurs remontées dans le cockpit. Elles sont nombreuses car elles chassent les poissons volants, innombrables sous ses latitudes, en banc certainement pour avoir une chance! Pas vraiment pêcheurs convaincus en partant de Toulon, nous avons pris beaucoup de plaisir au fil des milles parcourus. Il faut dire qu'on a été beaucoup plus efficace avec un peu de matos, c'est a dire une canne et un vrai moulinet de traîne. C'est peut-être évident pour beaucoup d'entre vous mais ça ne l'était pas pour nous au départ! Activité récréative certes, mais point trop n'en faut : on a pris à l'océan ce dont on avait besoin, et ensuite le leurre était rentré. Quand on a 2 coryphènes de plusieurs kilos dans les mains, on n'a plus peur de manquer! Il aurait peut-être fallu être plus organisé et savoir salé et séché correctement. Nos amis de Jeu de mer nous ont bluffé, passer voir leur section Poissonerie, ça vaut le détour! On a quelques progrès à faire donc, mais on s'est bien amusé... On est arrivé en Martinique sans  aucun fil suffisamment solide pour faire de la traîne, on a eu une touche terrible qui a eu raison de notre dernière ligne...



Pas de quartier! Et un thon rouge au menu...


Des coryphènes, et un thazard à droite

Encore une coryphène et un poisson bizarre...

 Enfin une petite vidéo, pas très glorieuse pour nos talents de pêcheurs! Cette coryphène là continuera de terroriser les poissons volants...



Le vent au cours de cette transat fut comme prévu très favorable. Il était plein vent arrière tout le long. Le vent arrière n'est cependant pas forcément l'allure idéale à la voile. On doit tirer des bords si l'on veut naviguer de façon "standard" avec grand-voile et voile d'avant ou spi. En effet, à cette allure, la grand-voile dévente la voile d'avant (ou le spi), et pour éviter cela, il faut prendre un cap à au moins 40° du vent réel. C'est là où le bateau est le plus rapide et le plus équilibré. Mais même si le vent est globalement très stable, sa direction varie d'une trentaine de degrés, et il n'est pas toujours facile de savoir quel est le bord le plus favorable. Ainsi, pour éviter de faire des empennages en permanence, nous avons la plupart du temps affaler la grand-voile, et naviguer sous voile d'avant seul ou spi seul. Les avantages sont que l'on navigue ainsi quasiment direct au cap, et que l'on évite les dangers d'un empennage sauvage, avec la bôme et le palan de GV qui balayent violemment le cockpit. L'alizée n'ayant pas été très soutenu au début, nous avons beaucoup navigué sous spi. Nous l'avons parfois gardé 3 jours consécutivement, dans 10 noeuds de vent. Notre spi symétrique de 64 m2 nous a donc beaucoup servi et nous a permis de maintenir une vitesse correcte même dans le petit temps.

Il nous a cependant réservé quelques frayeurs. Le 7e jour, dans un vent plutôt soutenu, nous avons voulu empanner. L'empannage sous spi symétrique n'est pas très facile, puisqu'il faut changer le tangon de côté. Juste avant la manœuvre, je constate que le mousqueton du bras du spi est coincé dans la mâchoire du tangon. Je ne m'en inquiète pas trop et je décroche le tangon au pied de mât, en pensant que le mousqueton se décrochera facilement. Grosse erreur! Il s'en suivit 10 bonnes minutes de rodéo sur la plage avant, cramponné à l'extrémité libre du tangon, en tentant de limiter les impacts sur le pont et le mât. Deuxième erreur: nous avons lâché le bras plutôt que l'écoute, ce qui fait que le spi prenait de la puissance et entraînait le bateau dans des départs au lof... Les effort dans un spi, même sur un 28 pieds, sont considérables, et on a passé un sale quart d'heure. Le mousqueton a fini par se libérer, et on a aussitôt affalé. Beaucoup de nos lecteurs n'ont certainement pas trop compris les termes techniques, mais ce que l'on peut vous dire, c'est que le spi est une voile très pratique, surtout dans le petit temps, mais elle est vraiment puissante dès que le vent fraîchit, et les erreurs se payent cache, surtout lorsqu'on navigue en double. On s'est donc estimé plutôt heureux de s'en sortir à si bon compte, sans casse, et surtout sans blessure.


Sous spi, le 4e jour


L'autre mésaventure avec le spi eut pour conséquence sa propre perte: après une dizaine de jours, nous naviguions de nuit sous voile d'avant seule, lorsque le vent est tombé. Je me sentais en forme, donc je hisse le spi. Sous le clair de lune, je vois bien un nuage un peu menaçant s'approcher, mais je ne m'en inquiète pas car nous n'avons eu aucun grain depuis le départ! Malheureusement, c'était bien notre premier grain de la transat', et le vent est monté à 25 noeuds. Pensant que cela ne durerait pas, je borde l'écoute et étarque la drisse pour réduire la puissance du spi, et je prends la barre pour contenir les départs au lof. Au moment où Sophie sort de la cabine, réveillé par le bruit, le spi s'ouvre en deux, dans la largeur et la longueur. Le grain aura duré 10 minutes, mais cela fut suffisant pour faire exploser la voile. Je m'en veux, car même si le spi était vieux et rapiécé, il était fort utile! Je rumine mes erreurs: l'envoi de nuit un peu téméraire, et la volonté de tenir le spi à tout prix, plutôt que de l'affaler prudemment. Mais il est trop tard, il faut se faire une raison. D'ailleurs, c'est une fin très honorable pour un spi, que de finir en lambeau en pleine transat'!
Par la suite heureusement, nous avons eu peu de petit temps, et le besoin d'un spi ne s'est pas fait ressentir. Nous avons passé quelques jours à tirer des bords dans 15-20 noeuds de vent, avec toute la toile envoyée. Puis nous avons fait du vent arrière avec le génois tangonné au vent, et une retenue sur la bôme. Cette configuration fut d'ailleurs efficace, et nous avons parfois fait de jolis surfs!


Sur la fin, le vent fraîchissant  nous avons navigué sous génois seul, parfois bien enroulé dans les grains. Malgré la mer formée, Sao Paulo se comportait bien et le confort à bord était correct.

Sao Paulo, toute voile dehors, avec un beau grain sous le vent

L'autonomie sur Sao Paulo fut un vrai succès pour nous au cours de cette transat'. Le panneau solaire a subvenu à nos besoins énergétiques. Nous avons parfois fait tourner le moteur pour recharger, mais c'était tout le temps pour se rassurer, et s'assurer que le pilote auto pourra barrer toute la nuit. De même nous n'avons fait en 17 jours qu'une dizaine d'heures de moteur, à des moments où le vent était complètement tombé, et où la mer était désagréable. Nous avons donc consommé en tout et pour tout 30 litres de gasoil, pour parcourir 3800 kilomètres. En cette période où l'homme use et abuse des énergies fossiles, on est fier de ce résultat! Ainsi le pilote automatique a tourné quasiment en permanence, et, avec la patience et la ténacité qui le caractérise, a barré avec brio dans toutes les conditions que nous avons rencontrées. Un mauvais contact électrique  diagnostiqué au bout de quelques jours, nous a cependant joué quelques mauvais tours, puisqu'il coupait le pilote sans qu'aucune alarme ne se déclenche. Aussi, le pilote principal a montré des signes de faiblesse sur la fin de la transat' et nous nous sommes félicités d'en avoir acheté un en secours avant le départ! Nous avons donc très peu barré, et ce depuis le début de notre voyage. Certains disent que c'est à la barre que l'on prend le plus de plaisir, et qu'ils n'imaginent pas faire confiance à un pilote dans la plupart des cas. En ce qui nous concerne, nous avons vraiment apprécié d'être libéré de cette charge, et nous remercions du fond du coeur Jo, notre pilote auto, sans qui cette traversée aurait été toute différente. Pourquoi Jo? Parce que Jo barre, et aussi parce qu'il est barjo, Jo de barrer autant!
L'autonomie en eau et en nourriture fut aussi un succès, puisque nous avons rejoint la Martinique avec un réservoir de 100 litres quasiment plein. Nous avons tenu 15 jours avec les 100 premiers litres, et en y repensant, on aurait pu être moins économe. Il nous restait environ 10 litres en bouteilles, et nous avons les coffres encore plein de nourritures. Il a juste manqué de farine, notamment pour le pain, mais sinon nous avions vu juste dans notre avitaillement! On a même vu large, et il nous reste quelques réserves pour parcourir les Antilles...

Au fil des jours, la contemplation devient donc une activité à part entière. Regarder l'évolution de la mer, du vent, du soleil et de la lune, les mouvements du bateau, le réglages des voiles et le comportement du pilote. Le contact avec l'océan sur une si longue période, apporte une sérénité et un calme qui grandissent petit à petit. Même si on sent bien qu'on est peu de chose dans cette immensité, on a tout de même l'impression de faire partie de ce monde. On vit une symbiose avec l'océan, on effleure sa surface sans laisser de trace, et c'est une impression rare dans nos vies d'humains, que de ne pas martyriser notre planète pendant quelques jours et de se sentir en harmonie avec notre environnement. La force du vent nous propulse vers notre destination, l'énergie solaire alimente nos batterie, nous nous nourrissons des poissons qui se laisse piéger par notre ligne... C'est une parenthèse dans nos vies toujours plus stressantes, un moment où l'on ne peut être pressé. Bref, une expérience, qu'assurément on n'est pas près d'oublier.

On ne va pas non plus faire les ermites épanouis, à certains moments, c'est long. Très long. Les milles descendent vraiment avec une lenteur désespérante. La perspective d'arriver aux Antilles est vraiment excitante, et nous motive depuis le début de notre voyage. On est saisi d'impatience, on voudrait enfin voir la terre se profiler sur l'horizon, qu'enfin quelque chose vienne troubler cette ligne. On veut pouvoir crier Terre! Terre! Terre! Ainsi on fête et célèbre chaque passage des centaines sur le décompte des milles du GPS. Moins de 1000 milles restants à parcourir fût autant fêté que Noël et le jour de l'an! Ces jours férié furent tout de même l'occasion d'ouvrir les deux boites de foie gras offert par la famille de Sophie et conservées précieusement à l'abri des regards et tentations. Des fêtes de fin d'année en mer, et par températures tropicales, c'est cool!


Parlons en des températures: la diminution des miles s'accompagnant d'une augmentation des degrés, autant vous dire que nous sommes plus qu'heureux de passer nos journées à naviguer en tenu d'Adam et Eve! Naviguer de nuit sans plus se vêtir est aussi très agréable. Il faut le dire: avec la douceur du climat, le vent favorable, la mer pacifique et poissonneuse, cette navigation fut vraiment très plaisante...

Et puis, comme depuis le début de notre voyage, et même de notre histoire, notre entente à bord fut tout autant harmonieuse. La bonne humeur permanente de Sophie calme bien vite les ronchonnements du Capitaine, et Aymeric reprend aussitôt Sao Paulo en main lorsque son équipière est inquiète du grain approchant. Les talents de cuisinière embarquée de Sophie font des merveille et Aymeric a même pris du poids pendant la transat'... D'ailleurs ses qualités de boulangères sont tout aussi bonnes, et le capitaine n'a jamais eu à se plaindre de ses miches! Ajoutons qu'Aymeric a toujours su mener et régler Sao Paulo afin qu'il soit rapide et confortable. Les choix stratégiques météo capitaux, fruits d'heures de réflexion intenses, n'ont jamais troublé la quiétude de l'équipière ni déranger son sommeil. Et être encore plus amoureux à l'arrivée qu'au départ, est bien sûr notre plus grande joie!


Et enfin le but approche. L'excitation a monté au fur et à mesure que les milles descendaient. Grâce à l’alizé redevenu soutenu, Sao Paulo est rapide sous génois seul. Celui-ci montre d'ailleurs des signes de fatigue, la bande anti-UV se découd et bat dans les rafales. Le drapeau aussi commence à sérieusement s'éffilocher, et il ne reste plus beaucoup de rouge sur notre pavillon tricolore. On a quelques milles dans les chaussettes, et ça se voit! 
TERRE! Ca y est! Nous y sommes! C'est une joie simple et intense qui nous saisi. Chacun s'imagine sûrement ce que cela fait de voir la terre après autant de temps sans l'apercevoir. Cette émotion est certainement toujours intacte depuis les premiers conquistadors, même avec les moyens dont on dispose aujourd'hui. Certes, des milliers de bateau font des transats chaque année, dont certains sur des bateaux bien moins préparés que le notre, ce n'est donc pas un exploit. Mais nous avons tout de même traversé l'atlantique. Sur notre fier Sao Paulo. Que nous deux. C'est un rêve, devenu un projet, qui se concrétise. On pense à tous les gens qui nous ont aidé pour que l'on vive ces moments là, et qui doivent sûrement attendre de nos nouvelles impatiemment en rafraîchissant la page de notre blog. Et on est fier d'avoir réussi, grâce à eux et grâce à nous, d'avoir crû à notre rêve et d'être aller au bout. Et c'est certainement ce que voulait Yoyo, que son petit frère réalise ses rêves et emmène son amoureuse parcourir le monde. 
Après 17 jours...enfin le moment de crier: "TERRE! TERRE!"

Nous croisons notre premier bateau depuis 2 semaines à 4 milles avant la Martinique. Un beau voilier de régate qui se dirige vers Sainte-Lucie. La nuit tombe sur la pointe sud de la Martinique, et la remontée face au vent dans le cul de sac du Marin n'est pas des plus reposantes. Après un long slalom entre les bouées de chenal et les innombrables bateaux au mouillage, on finit par s'amarrer au ponton de la station essence. La manoeuvre est un peu délicate avec les rafales de l'alizé capricieux, mais rien d'insurmontable pour les deux marins aguerris que nous sommes! On pose le pied à terre, le bateau est intact, et l'équipage est heureux. Nous avons mis 17 jours et 11 heures de Mindelo au Marin. Soit 5 noeuds de moyenne sur la route directe, et plus de 5,5 noeuds sur les 2320 milles parcourus. C'est très honorable et Sao Paulo s'est montré comme à son habitude, véloce et sûr! 
On est accueilli sur le quai par une banderole à nos noms que tiennent Louise, la maman de Sophie, et Luc son beau-père : on a même droit au comité d'accueil! La bière fraîche au bar du coin, est un vrai plaisir, mais très vite, la fatigue des derniers jours un peu agités, et le calme un peu décevant du Marin, ont raison de notre envie de festoyer. Nous rejoignons Sao Paulo, qui paraît bien petit au milieu des gros catamarans de location... Nous passons notre première nuit ensemble depuis bien longtemps, et nous avions aussi hâte de retrouver cette habitude! Le bateau ne bouge pas et est bien silencieux : il est amarré. Blottis l'un contre l'autre, on s'endort le sourire aux lèvres, encore tout émotionné!

Autant vous dire que l'entrecôte commandée le lendemain au resto en famille, était un besoin vital!! Les retrouvailles avec la famille, parlons-en, cela fait quelques mois qu'on n'a pas vu nos mamans, et ça fait du bien de les embrasser! Logés chez la maman de Sophie qui habite juste à côté de l'anse à l'âne ou Sao Paulo prend lui aussi un repos bien mérité, on retrouve le confort d'un lit et d'une douche... Ça fait du bien! 

Passage devant le rocher du diamant pour amener Sao Paulo du Marin à l'anse à l'âne, son nouveau mouillage d'attache. On dirait bien que le capitaine est en piteux état, ne vous inquiétez pas! Après 3 semaines de farniente, il est reposé...

5 commentaires:

  1. Enfin un peu de lecture!J'en retiens que votre traversée s'est globalement bien déroulée,mais aussi que vous étiez plutôt bien préparés..les poissons font envie au poisson que je suis..
    j'apprendrais plus sur votre traversée..dans quelques heures,maintenant!J'ai hâte..Grosses bises.

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  2. Que du bonheur ! C'est superbe, un moment magique de partager un peu votre aventure, vous êtes magnifiques, ne changez rien. Gros bisous aux aventuriers amoureux qui nous font rêver .....

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  3. Encore bravo à tous les deux, quelle aventure ! merci de nous faire partager ces moments exceptionnels... on attend la suite... 1000 bisous de Metropole et de Suisse

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  4. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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    1. Je suis de retour de la Martinique et je peux dire aux lecteurs de yoyoproject qu'Aymeric et Sophie vont parfaitement bien, ils sont magnifiques !!! Ce qui les caractérise tous les 2, en plus de leur amour, ce sont leur complicité et surtout ce mélange subtil de maturité et d'insouciance, cette équipe a beaucoup d'atouts et ils l'ont déjà prouvé !!! Pour la suite, après le Carnaval, ils parlent des Grenadines, on aura donc encore de la lecture sur le blog !
      Gros bisous

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