Salut à tous,
Nous avons beaucoup de choses à dire sur notre escale au Cap Vert, tant nous avons aimé cet endroit et ses habitants.
Commençons d'abord par un petit résumé de la navigation qui nous a mené ici :
Nous partons donc du très sympathique village de La Restinga sur l'île d'El Hierro, nous sommes ravis de quitter le vieux continent, nous avons soif d'exotisme...
| Le départ de la Restinga, point le plus méridional de l'Europe |
Parti le lundi 3 décembre en début d'après-midi, nous avons été très prudents les 18 premières heures. Suite à la mer mouvementée rencontrée en partant de La Palma, on se méfie des rafales violentes. On navigue ainsi sous tourmentin et GV 2 ris à environ 5 noeuds jusqu'au mardi matin, c'est bien la première fois que nous naviguons sous-toilé! Tout va bien, le vent n'a pas spécialement forci, on envoie donc la toile, en gardant 1 ris dans la GV et le génois légèrement enroulé. La suite est simple: nous filons à 7 noeuds presque en permanence, et nous alignons des distances quotidiennes à plus de 150 milles. Nous ne rencontrerons qu'un seul bateau, un catamaran qui passe au loin. Rien que nous et l'océan. Le rythme d'une navigation hauturière s'installe, les quarts à tour de rôle, cuisiner, faire du pain, faire la vaisselle à l'eau de mer... et pêcher! Nous ne regrettons pas l'achat d'une canne de traîne à La Palma, le cliquetis du moulinet lors d'une touche nous ravit à chaque fois! Nous pêchons 7 poissons: des dorades coryphènes et un petit thon. C'est délicieux et on mangera du poisson frais jusqu'au Cap Vert.
| Sophie devient une boulangère embarquée accomplie! |
| Enfin les navigations en caleçon! ;-) |
Cette navigation se passe donc à merveille, et on apprécie le calme permanent, les longues nuits étoilées, le toujours surprenant lever de lune et le bercement continu de la houle...
Les 24 dernières heures, après une session sous spi, le vent tombe quasiment complètement et nous finissons au moteur à faible régime.
L'arrivée à 1h du matin le dimanche 9 décembre dans le passage entre les îles de Santo Antao et Sao Vicente est donc plutôt calme. Ce qui nous permet d'être attentif, car les feux ne sont pas tous en état de marche au Cap Vert. Et en effet le feu rouge du bout de la jetée de Mindelo n'est pas éclairé, ce que je n'ai jamais vu dans ma courte vie de marin européen... Qu'à cela ne tienne, nous mouillons au milieu de deux bateaux bretons, nous venons de terminer notre plus longue navigation, on est tout simplement heureux!
Après une journée de repos et une autre pour prendre nos marques dans la ville, nous rencontrons Tony, dit "Titoisa". Nous nous devons de commencer le récit de cette escale en présentant Tony.
C'est en effet en suivant notre guide que nous avons pu vraiment rencontrer les capverdiens, rentrer chez eux, et partager leurs repas. Tony a 47 ans, il est né à Mindelo, et connaît la moitié de la ville. Comme il dit souvent, la plage et le port de Mindelo, c'est toute sa vie. Il a néanmoins beaucoup voyagé, comme beaucoup de capverdiens qui "prennent la route". La moitié d'entre eux vivent en dehors de l'archipel, et ainsi Tony a voyagé aux Caraïbes, en Europe et en Afrique de l'ouest. Il a toujours sur lui quelques souvenirs de voyage, son passeport, des tickets de métro... Il transporte tout ça dans un petit sac à dos, petite caverne d'Alibaba, où il trouve toujours ce dont nous avons besoin!
Tony est donc guide, il trouve ces clients au Clube Nautique, juste devant la Marina, un très joli bar où il y a de la musique live tous les soirs. Il se charge de négocier nos diverses transactions, trouver transport ou hébergement, et nous accompagne partout. Nous faisons vite confiance à notre souriant guide, ce qui nous est en plus conseillé par de nombreuses personnes rencontrées. Grâce à lui nous nous enfonçons dans les ruelles animées de Mindelo, croisant à tous les coins de rue quelqu'un de sa famille. Nous rentrons dans une maison pour manger la cachupa, plat traditionnel capverdien à base de maïs bouilli, servi par Fernanda, qui nourrit ici une partie du quartier. Assistant au ballet incessant des jeunes remplissant leurs assiettes dans la grande marmite, on se régale de la cachupa frita, qui est en fait la cachupa de la veille revenue à la poelle. Le lendemain Sophie revient même chez Fernanda pour aider en cuisine, mais aussi participer au nettoyage en profondeur de la salle à manger!
| La marmite de cachupa |
| La viande ne pourrait pas être plus fraîche! |
Le lendemain nous partons en taxi collectif direction Baia de Gatas et ses piscines naturelles. Nous sommes accueillis à bras ouverts par Mario (le beau frère de Tony), qui habite dans un petit village de pêcheurs.
On y attend, bien installés, le retour de l'école d'Ayco, le fils de Mario. Un pêcheur entre dans la maison avec un seau remplis de dorades, cela sera notre repas!
Tout le monde se met donc a préparer le feu pour le barbecue et on se régale à la dégustation. Et rien ne se perds dans le poisson, Aymeric expérimente de manger la tête comme Ayco mais les yeux non...on reste des européens malgré tout!
On n'est resté que quelques heures mais les adieux furent émouvants, on n'est pas habitué à autant de gentillesse....
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| Les rois de la débrouille, la grille est une protection pour ventilateur! |
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| Sophie, Mario, Tony et Ayco |
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Vue de la terrasse de Mario, il y pêche en faisant la sieste sur son fauteuil à bascule... Au loin, l'île de Santa Luzia, probablement un des endroits les plus poissonneux du monde.
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| Chez Mario |
Après l'âpre, mais très réussie, négociation de Tony pour nous trouver un taxi, nous rentrons à Mindelo et finissons la soirée au Clube Nautique...
Le lendemain, nous traînons dans les rues de Mindelo, faisons quelques courses, et finissons la journée sur la plage, à l'extérieur de la baie de Mindelo. On est en décembre et on se baigne dans de l'eau à 25°C... What else? (Sophie suggère qu'il manque encore quelques degrés pour une baignade vraiment confortable... C'est pour bientôt!!)
| La plage, l'Ilho de Paseo sur la droite et Santo Antao à l'arrière plan |
Le samedi suivant se déroule sur l'île voisine de Santo Antao un festival en hommage à Cesoria Evora. Cela tombe plutôt bien avec notre planning, et nous permet de visiter une autre île de l'archipel.
Nous décidons de partir un jour avant le festival pour nous balader sur Santo Antao. On laisse Sao Paulo bien sagement amarré à la marina de Mindelo, et nous prenons le ferry. Nous amenons Tony avec nous, qui est tout content de pouvoir assister au festival.
| Mindelo vu du ferry |
| Sur la route, avec Nico, capitaine de Naia, un voilier en fibrociment, baroudeur mais bien aménagé, rencontré au mouillage à Mindelo |
| La maison, bar, épicerie, garage où nous étions logés, demeure de Tanha et sa famille |
| La baignoire collective, juste à côté de l'épicerie de Tanha! En fait un réservoir d'eau douce de 200m3, utilisé pour l'irrigation des plantations |
| Ouais... C'est cool! |
| Long Pic |
| Vue depuis le bar de Rep Cort |
Nous prenons des photos, de beaux portraits, ils sont vraiment contents de simplement nous dire bonjour, d'échanger quelques mots, puis de poser devant l'appareil. Après quelques bonnes rigolades, nous entamons le chemin du retour avec la certitude qu'il doit être fort agréable de sillonner cette île à pied, et d'aller de village en village. L'hospitalité semble naturelle ici, et si l'on n'est pas trop regardons sur le confort, on est sûr de trouver gîte et couvert tous les soirs. Leurs maisons sont assez rudimentaires, et ils ne prennent pas le temps de les peindre, mais il n'y pas besoin de plus avec le climat qui règne ici! Leurs plantations en revanche sont très soignées et ils cultivent une grandes variétés de légumes et fruits. L'ingéniosité de l'irrigation est impressionnante et est vraiment efficace, tout semble pousser sans aucun problème.
Les gens vivent vieux ici, leur vie est très saine, et hormis les ravages des alcools plus ou moins frelatés, nous trouvons leur qualité de vie vraiment très élevée. C'est un endroit vraiment paradisiaque, notamment pour les enfants, pour qui le terrain de jeu est sans limite. Cela se ressent dans le tempérament des gens, qui sont insouciants et souriants, c'est vraiment un bonheur de les côtoyer, on se sent ici loin de l'Europe et du chacun-chez-soi.
Nous rentrons à l'épicerie de Tanha, et elle nous sert immédiatement à manger, une purée de mais avec du bouillon et des légumes, et toujours un peu de poisson. Encore une fois, c'est très bon. Après une bonne sieste, dans un des lits de la maison, nous nous rendons au festival. Nous sommes maintenant une petite dizaine, d'autres marins nous ont rejoint. On n'est donc une bonne troupe et la soirée s'annonce bien!
Suite à une panne de courant de 3 heures, le festival commence à 1h du matin, et se terminera à 9h...
Les artistes se succèdent, chacun chante 2 ou 3 chansons, dont certaines de Cesaria Evora. A noter que Bernard Lavilliers est passé à 5h du mat et a été très bon, très pro! Les capverdiens sont à notre étonnement, assez calmes et plutôt spectateurs. Cependant, au lever du jour, le groupe que tout le monde semble attendre, entre en scène. Tout le monde danse et chante, toute génération confondue. Le décor grandiose du canyon se révèle avec l'aube, on est aux anges, même si Sophie tombe de fatigue...
Un festival plutôt original donc, qui nous laisse les chansons de Cesaria en tête. En connaissant les capverdiens et leur pays, on comprend toute la force de ses chansons, et la nostalgie (sodade) que peuvent éprouver les nombreux émigrants capverdiens.
Après une courte nuit de sommeil, une baignade, et un nouveau plat préparé par Tanha, nous quittons ce petit paradis. Chacun de nous a été touché par ce passage à Santo Antao. Après de chaleureux adieux à la famille nous rejoignons le ferry, dans le taxi du père, et la bouteille de punch offerte au départ ne finira pas le voyage!
| Le benjamin de la famille de Tanha |
| La troupe au complet! |
La suite du séjour alterne fête et préparation du bateau. Le départ pour la transat' approche, et nous avons tellement été occupés jusqu'alors, que nous n'avons pas trop pris soin de notre fier navire.
On a donc vraiment eu un coup de coeur pour notre escale au Cap-Vert. Nous serions bien restés plus longtemps, mais nous avons aussi très envie de rejoindre les Caraïbes! Nul doute que notre prochain voyage donnera une place plus importante au Cap-Vert. La beauté du pays et de ces habitants restera longtemps dans nos coeurs, et nous avons vraiment l'impression de laisser des amis derrière nous. Tony bien sûr, mais aussi Manuel et Carlos, deux jeunes capverdiens ayant fait leurs études en Algérie et parlant parfaitement français. Ils sont à l'image de leur pays, paisibles et généreux, éduqués et intéressants, toujours le sourire aux lèvres et la blague facile. Ils aiment faire connaître leur pays qui gagne vraiment à l'être.
| Manuel et Carlos avec Sophie, lors de notre dernière soirée à Mindelo |
Bien sûr tout n'est pas vert ici (haha!), il ne vaut mieux pas traîner dans certains endroits de Mindelo, et certaines de nos connaissances ont rencontrés quelques soucis. Même si les administrations de base semblent bien fonctionner, notamment l'éducation (le Cap-Vert a un très fort taux d'alphabétisation), le pays manque cruellement de compétences et d'infrastructures, et le chômage est élevé, comme souvent en Afrique. Beaucoup des capverdiens partent à l'étranger pour pouvoir nourrir leur famille.
Même si nous voyageons par plaisir, et dans le confort de notre yatch, nous ressentons aujourd'hui leur peine à quitter l'archipel. Petit pays, on t'aime beaucoup... Sodade Sodade...
Maintenant l'atlantique nous attend, au moins 15 jours de tête à tête avec l'océan. Nous allons passer les fêtes en mer, et on en profite pour vous fêter à tous de bons réveillons. On se retrouve en 2013, sur un autre continent!





