Nous avons beaucoup négligé notre blog depuis notre arrivée aux Antilles. Nous allons essayé de consoler nos lecteurs frustrés avec ce nouveau billet.
Ne croyez pas que l'inactivité sur le blog soit le reflet de notre vie depuis notre arrivée, nous avons fait beaucoup de choses, et notamment reçu les visites des parents d'Aymeric et Sophie a même un peu travaillé! Nous ferons plus tard un billet dédiée à la Martinique... nous avons tant de choses à dire.
C'est vrai que l'on aurait pu vous narguer de photos quotidiennes, où nous profitons de la plage, des cocotiers, des baignades... mais nous avons souvent pensé à vous, qui pour la plupart, affrontez les rudes conditions hivernales du vieux continent. Pour nous ça va merci! Le bronzage, même pas recherché, est bien là, les journées en maillot de bain, les grasses matinées consécutives, on se porte bien... De mémoires de stéphanois, on n'a jamais vu un hiver aussi doux et paisible!
Mais place pour l'instant à l'actualité: Les Grenadines.Nous sommes en effet repartis avec Sao Paulo le 20 février en faisant de nouveau cap vers le sud et l'archipel de Saint-Vincent et les Grenadines.
Voici une petite vidéo qui donne un aperçu de notre trajet lors de notre navigation dans les îles sous le vent:
Les images sont un peu rapides mais si vous avez bien suivis, nous avons rejoint directement Bequia sans nous arrêter à Saint-Lucie ni à Saint-Vincent. Une centaine de milles, avalés en 18 heures dans un alizé soutenu, navigation rythmée par les traversées des canaux entre les îles, plutôt mouvementées, et les passages sous le vent des îles, avec une mer plate et un vent irrégulier.
L'arrivée à Bequia
La plage à Bequia
Do you want a hot baguette??
On ne peut pas tout faire, et notre préférence se porte sur les petites îles plutôt que sur les grosses, donc les visites de Saint-Lucie et de Saint-Vincent, cela sera pour une autre fois!
Après avoir facilement fait les "clearances" (douanes et immigrations), nous hissons le pavillon de complaisance de Saint-Vincent et les Grenadines, et nous voilà libres de nous balader dans ce chapelet d'îles. Le choix est large en effet: Bequia, Moustique, Canouan, Mayreau, les Tobago Cays, Union, Petit Saint-Vincent... Toutes ces îles nous font rêver depuis notre départ de Toulon, et voici venu le moment d'en profiter, avec la liberté et le confort que nous offre Sao Paulo.
Nous écartons d'emblée l'idée d'une visite de la très jet-set île de Moustique, qui, outre le désavantage de sa position au vent, exige le paiement d'une taxe onéreuse pour 3 jours de mouillage (incompressible). Le "privilège" de pouvoir apercevoir une star, ou plus certainement, de regarder de loin des villas luxueuses et des plages privées, ne nous attire pas plus que cela!
Sans rentrer dans le détail chronologique de nos escales, voici quelques photos des lieux paradisiaques que nous avons visités.
Tobogo Cays: C'est le haut-lieu touristique des Grenadines. C'est en fait la barrière de corail de l'île de Mayreau, qui s'étend de plusieurs milles à l'est de l'île, qui forme ce havre paradisiaque. Bien abrité derrière le Horse Shoe Reef, 4 petits îlots émergent des faibles profondeurs du lagon (Petit Bateau, Petit Rameau, Jamesby et Baradal) et les eaux turquoises viennent paisiblement se jeter sur les plages de sable blanc bordées de cocotiers. D'innombrables tortues broutent les herbiers qui recouvrent les fonds, et l'on trouve des iguanes sur certaines des îles. Malgré les nombreux bateaux qui mouillent ici, l'endroit est vraiment exceptionnel et inoubliable.
Vue aérienne, avec l'ile de Mayreau à l'ouest, les Tobago Cays au milieu, l'île de Petit Tabac puis le "World's End Reef" à l'est
L'île de Petit Bateau aux Tobago Cays
La balade en annexe dans les Tobago, c'est cool!
Retour à la maison (Sao Paulo) après la balade en annexe
Une sirène qui nage avec une tortue...
Scène du quotidien: une petite douche après une baignade...
Sao Paulo, au mouillage dans les eaux incroyablement limpides des Tobogos Cays
On ne s'en lasse pas, une vue de haut de Sao Paulo! On aperçoit d'ailleurs le pavillon de St-Vincent et les Grenadines...
Comme la compagnie des nombreux bateaux présents aux Tobago Cays nous ennuie un peu, nous sortons du récif en fer à cheval qui protège les Tobago Cays, pour mouiller derrière l'île de Petit Tabac. Ici, on a vraiment l'impression d'être au bout du monde, et le décor est éblouissant! Pas étonnant qu'il ait été utilisé pour le tournage de Pirates des Caraïbes...
Yihaaa!!
A l'est de Petit Tabac, au bout du monde...
Capitaine aux Antilles, dur dur...
Sao Paulo, vu de Petit Tabac
Lagon, plage de sable blanc, cocotiers, que demander de plus??
Une raie sur les fonds de sable de Petit Tabac
Nous passerons aussi 3 jours au mouillage à Saline Bay, à Mayreau. Malgré la proximité des Tobago Cays, cette île est plutôt préservée du tourisme. Les quelques 200 habitants n'en occupent qu'une petite partie, et elle est donc sauvage et très agréable.
D'un point de vue sur Mayreau, en regardant vers l'est, on voit les Tobago Cays sur la gauche.
Personne sur la plage de Windward bay, qui est située, comme son nom l'indique, sur la côte est de Mayreau
En visitant l'île de Mayreau, nous ne tardons pas à rentrer dans le bar de Robert, rasta édenté et quelque peu imbibé, mais très gentil, et plutôt inspiré pour la décoration!
Le bar de Robert
Décoration haute en couleur, qui évolue au fil des objets laissés par les visiteurs, et surtout selon la créativité débordante de Robert!
Robert!
Nous garderons un très bon souvenir des habitants de Mayreau, et d'ailleurs globalement des habitants des Grenadines. Leur gentillesse et leur "cool attitude" très caribéenne sont décidément bien adaptées au paysage et au climat...
Quelques milles plus au sud se trouve l'île d'Union. A sa pointe sud-est, une barrière de récif forme un lagon devant la petite ville de Clifton, et nous passerons plusieurs jours ici. D'abord car nous avons été rejoints ici par une joyeuse bande de Kitesurfers, emmené et skippé de main de maître par Edouard, ami de longue date de Sophie de Sanary/Mer. Ils sont une dizaine à s'éclater dans les incroyables spots de Kite Surf qu'offrent les Grenadines, et ils sont tous aussi sympas et agréables les uns que les autres. On est accueilli à bras ouvert sur leur immense catamaran de location de 45 pieds. Sao Paulo ne joue pas dans la même catégorie, et nous serons jusqu'à 17 à festoyer sans jamais être à l'étroit, dans le très volumineux salon de pont... C'est avec eux, aux Tobago Cays, que nous mangeons des langoustes, emmenées directement à bord par un sympathique "boat man", déjà grillées au barbecue et fournies avec une très bonne garniture: un régal!
Le bar flottant à Union, et Sophie en arrière plan, qui prend une petite leçon de kite avec Edouard!
Le cata de nos amis kitesurfers, une grosse caravane flottante, mais, nous devons le dire, très confortable...
Sao Paulo assiste, médusé, à la démonstration des kite surfers
Une maison bien colorée comme on en voit beaucoup à Union
Un peu de folkore local, avec un Steel Band, qui utilise des grandes marmites en guise d'instruments, et en sort des sons étonnants!
Nous retrouverons également Noémie à Union Island, ami martiniquaise de Sophie, qui vient rendre visite à Jade, tout aussi gracieuse et intéressante, qui gère le Bougainvilla, bel hôtel situé en bord de mer à Clifton.
La boîte de confit de canard sortie des cales de Sao Paulo, a fait des heureuses!
Noémie nous accompagnera à bord de Sao Paulo pour notre visite de Morpion Island (ou Mopion, je ne sais pas trop). Ce fut un coup de coeur de notre séjour aux Grenadines, car nous avons passé toute une partie de la journée absolument seuls sur cette minuscule île de sable, uniquement occupé par un parasol en bois.
Slalom entre les cayes pour accéder à Morpion
Toujours le même qui se fait exploiter... Oui, c'est dur!
Une vue (presque) d'ensemble de Morpion
L'eau limpide de Morpion, et au loin, Sao Paulo qui attend sagement au mouillage
Ceci n'est pas une carte postale
Tranquillement installés à l'ombre du parasol, on a dégusté une succulente salade de fruits!
Même si l'île de Morpion présente moins d'attraits que les Tobago Cays, nous avons beaucoup apprécié le fait d'être tout seul et c'est vraiment pour des moments comme cela qu'on a fait tout ce chemin!
Après une quinzaines de jours passée dans l'archipel de Saint-Vincent et les Grenadines, il est temps de continuer notre route vers le sud, et de nous rendre à Cariacou, distante d'Union de seulement quelques milles, mais qui est un autre pays, puisque, comme l'île de Petite Martinique, elle fait partie de Grenade. Une fois n'est pas coutume, nous avons pris des passagers pour cette navigation. Nous avions en effet rencontré Marc et Sarah, respectivement anglais et américaine, au bar de Robert, et nous avions convenu de les emmener à Grenade, en échange d'une visite de la plantation de cacao où ils habitent. Nous effectuons les clearances à Cariacou, et nos passagers sont tout heureux de se voir accorder l'entrée sur le territoire de Grenade, les relations avec l'immigration n'étant visiblement pas toujours très faciles... L'occasion aussi de nous rendre dans une maison atypique, la Round House, dont le toit blanc tout en arrondi est directement relié à un immense réservoir situé sous la maison. Et oui, comme dans beaucoup d'îles de la région, l'eau de pluie est bien souvent l'unique ressource disponible.
The Round House, construite par Kim, qui nous accueillera dans sa plantation de cacao
Nos passagers, Marc et Sarah
Après cette brève escale sur Cariacou, nous nous rendons directement à Grenade. En chemin, nous pêchons 4 thons! Ils seront bien utiles pour ne pas arriver les mains vides à la ferme de Kim, chez qui vivent Marc et Sarah. Résultat: nous mangerons du thon pendant les 2 jours de notre séjour sur place! Nous mouillons devant le village de Victoria, sur la côte ouest de Grenade, et laissons notre annexe en garde devant les bicoques en tôles qui bordent la plage de galets.
Nous ne serons pas déçus de notre séjour chez Kim, un hippie anglais sexagénaire, qui a eu mille vies différentes, et qui a racheté il y a quelques années une plantation de cacao à l'abandon et endommagé par le cyclone Yvan. Il a retapé la maison principale et les bâtiments annexes utilisés pour la fermentation et le séchage du cacao. L'atmosphère est roots et l'immense et unique pièce de la maison est très conviviale. En dessous: un dortoir où dorment les gens de passage comme nous. "What the point to have it if you don't share it": c'est la maxime préférée de Kim et il l'applique avec un humour et une excentricité bien britanniques. Les occupants des lieux sont donc des joyeux lurons, leur consommation de bières et de tabac est aussi assez impressionnante...
Nous participons au traitement du cacao, et l'on transporte les graines de cacaos qui ont fini de fermenter, vers les séchoirs, où l'on remue ensuite les graines avec les pieds toutes les heures. Tout est fait manuellement ou presque, et ce fut vraiment une expérience enrichissante que de participer à ces tâches simples, mais tellement peu habituelles pour les européens que nous sommes. Autant vous dire que le chocolat disponible dans la cuisine de Kim et incroyablement délicieux, vraiment plein d'arômes et de saveurs. Pour avoir mangé des kilos de chocolat, suisses notamment, je peux vous dire que le chocolat de Grenade ne joue pas du tout dans la même catégorie! Les chocolats suisses peuvent parfois compter quelques pourcentages de cacao de Grenade, mais son prix très élevé ne permet de l'utiliser à 100%. Comme beaucoup de choses ici, la coopérative de cacao de Grenade, par qui doivent passer tous les producteurs, est une organisation opaque, qui achète au rabais et revend à prix d'or. Il est d'ailleurs incroyable de ne trouver quasiment pas de chocolat local dans les supermarchés, complètement envahis par les produits importés (exemple: les seuls fruits disponible dans le supermarché de Saint-George, capitale de l'île: des pommes!!!)
La maison de Kim, en fait une seule pièce, qui fait cuisine, salon, bureau, et qui est aussi sa chambre (le lit est hors cadre, sur la gauche)!
Transport du cacao fermenté vers les séchoirs: ça sent très fort le chocolat!
Les graines de cacao
On remue le cacao avec les pieds, afin d'éviter qu'il moisisse
L'oranger étant plein à craquer de fruits, on récolte afin de faire des litres de jus...
Le coucher de soleil, juste au dessus du jardin tropical
Balade dans la plantation de cacao. Un cacaoyer au premier plan, avec les gros fruits rouges qui contiennent les graines, et qui poussent indifféremment sur le tronc ou les branches.
Le très joli pont qui enjambe la rivière qui serpente dans la plantation, un des plus vieux ponts de la Caraïbe!
Petit désagrément: les "sand flys", mouches des sables littéralement, minuscules mouches quasi invisibles qui ont la fâcheuse habitude de piquer les être humains. Au niveau démangeaisons, c'est assez terrible et très proche des piqûres d'aoûtas: ça gratte fort et longtemps (plusieurs jours). Avec une centaine de piqûres par jambe, Aymeric était bien content que le séjour ne s'éternise pas. Sophie, quant à elle, n'a eu que quelques piqûres, ces stupides insectes, tout comme les moustiques, ne semblent pas la considérer comme une cible goûteuse.
Après 2 jours passés dans cette communauté hétéroclite, nous rejoignons Sao Paulo, qui, tout comme notre annexe, n'a pas bougé pendant notre absence (ouf!). Nous rejoignons Saint-Georges pour faire quelques emplettes, et hallucinons complètement sur l'omniprésence des produits américains et anglais et la difficulté pour trouver des produits locaux. Rappelons que Grenade, dite l'île aux épices, a approvisionné en épices le monde entier, et ce pendant des décennies. Comme dans toutes les îles des Antilles qui ont suffisamment de relief pour connaître une pluviométrie importante, les fruits exotiques poussent ici en profusion et sont succulents...mais si le marché est fermé il ne faut pas compter en trouver au supermarché!!
Après Saint Georges nous descendons à Prickly Bay où nous restons 3 jours au mouillage. L'endroit est calme et sans clapot, ce qui fut rarement le cas précédemment, mais n'a pas vraiment d'intérêt selon nous. Même s'il n'y a pas de projet immobilier qui dénature le site, la côte est entièrement occupé par des hôtels et des villas, pour la plupart bétonnés et sans charme. Nous sommes peut-être un peu difficile suite à tout ce qu'on a vu précédemment, mais on capte au moins un réseau wifi non protégé au mouillage, ce qui nous permet de vous faire partager nos aventures!
Nous sommes maintenant à un moment critique de notre voyage: nous arrêtons en effet notre progression vers le sud, qui a été continuel depuis fin septembre. Nous n'irons pas plus loin que Grenade, et ne descendront pas plus au sud que 12°N. Nous allons en effet retourné en Martinique, qui est à 150 milles de notre position actuelle. Une paille vous me direz après les 5000 milles parcourus jusqu'ici, mais peut-être pas la navigation la plus facile. L'alizé est en effet bien établi au nord-est pour toute la semaine, et nous allons devoir faire du près. Ce n'est pas pour rien que l'on appelle ces îles les îles sous le vent!! Rien de bien dramatique ceci dit, notre Sao Paulo est à l'aise au près et nous avons tout le loisir de fractionner cette navigation...
Puisqu'on parle de Sao Paulo, accordons-lui quelques lignes: nous prenons beaucoup de plaisir à naviguer sur notre bateau aux Antilles. Je pense que de l'avoir amener jusqu'ici augmente encore notre bonheur. Certes tout le monde apprécie une croisière à la voile dans les Grenadines, il faudrait être difficile, ou vraiment malade en bateau, pour ne pas aimer. Mais les centaines d'heures de navigation que nous avons derrière nous, sont la base de notre jouissance, et se rappeler qu'il y a quelques mois à peine, Sao Paulo trempait en méditerranée ne manque pas de nous arracher un sourire. Cela nous assure aussi un très bon accueil de la part des autres plaisanciers, qui louent pour la plupart leur embarcation. Quant à l'état du bateau, il est excellent, et nous n'avons toujours aucune panne/avarie grave à déplorer. Seule la sous-marine est vraiment dans un état lamentable, et ferait s'évanouir un régatier. C'est tout un écosystème qui vit sur la coque de Sao Paulo, et ce que l'on gratte un jour, est bien vite revenu le lendemain... Mis à part cela, et même malgré cela, le bateau est toujours rapide et nous le menons facilement.
Donc prochaine étape: retour en Martinique, pour ensuite repartir vers le Nord des Antilles, et les îles au vent...
En espérant ne pas être aussi long pour le prochain billet, on vous embrasse!